Dissection de lapin

Bonjour à toutes et à tous !

Certain(e)s d’entre vous connaissent peut-être le lapin connecté Karotz, ou son prédécesseur Nabaztag. Pour faire simple, il s’agi(ssai)t d’un lapin robot, destiné au grand public, bardé de composants pour la communication sans fil et le multimédia afin d’en faire avant tout un objet de loisirs avec lequel on pourrait interagir de diverses façons. Parmi les fonctionnalités notables, je pourrais citer la commande vocale, la synthèse vocale, le WiFi, la RFID, une webcam, et j’en passe.

La première version, Nabaztag fonctionnait essentiellement en accès distant. Toutes les applications étaient stockées sur des serveurs (que l’utilisateur, avec un compte, pouvait sélectionner). L’arrêt des serveurs Nabaztag a signé l’arrêt de mort de ces lapins connectés.

Plus tard, le lapin connecté est revenu sous un nouveau nom : Karotz. Version plus moderne, avec des applications installées directement dans le lapin. On aurait pu penser qu’on était ainsi débarrassé des contraintes de l’accès distant. Il n’en fut rien. En effet, le lapin nécessitait toujours d’être connecté aux serveurs pour fonctionner, au moins pour garantir le fonctionnement des commandes et synthèse vocales – traitement fastidieux pour une si petite cible, on retrouve d’ailleurs le même fonctionnement pour la reconnaissance vocale des smartphones.

Comme pour son prédécesseur, l’arrêt des serveurs (annoncé il y a quelques mois et survenu il y a une semaine) a mis fin au règne de Karotz. Et malgré une éventualité, prometteuse mais à l’avenir incertain, de résurrection dans le milieu Open Source (ex: OpenKarotz), j’ai choisi de démonter mon Karotz pour en récupérer les composants.

C’est donc ce que j’ai fait dimanche dernier, et j’ai décidé de consacrer mon article du mois de Février à ce démontage qui s’est avéré aussi intéressant que je l’espérais.

Extérieur du lapin

Boîte extérieure  Boîtes intérieure et extérieure  Contenu de la boîte

D’abord, voici la boîte du lapin et son contenu : le lapin, ses oreilles, un cordon d’alimentation avec différents adaptateurs, et le manuel d’utilisation.

Cordon d'alimentation et adaptateurs  Dessous du Karotz  Dessous du Karotz, sans batterie  Connecteur batterie

Petit coup d’œil sur la partie alimentation. Le cordon est livré avec différents adaptateurs, pour assurer son branchement sur tous types de prises (pour ceux qui l’ignorent encore, les prises électriques peuvent être différentes selon les pays). Ce cordon se branche sous le Karotz. En dessous de l’orifice, une fois le cache enlevé on trouve un petit bloc amovible en plastique. Ce n’est pas une batterie, vu que le Karotz ne fonctionne pas lorsque le câble n’est pas branché, et c’est étonnamment léger. M’est avis qu’il s’agit d’un simple adaptateur du cordon d’alimentation vers le connecteur multi-broches situé au fond du compartiment d’alimentation. Ce compartiment sert en fait à accueillir une batterie – optionnelle et avec une autonomie de 2 heures…

karotz sans oreilles, de face  Karotz sans oreilles, de dos  Karotz entier de face

Et enfin, le lapin en lui-même. Les oreilles sont amovibles et mobiles. Pour les bouger, le Karotz est équipé de deux moteurs dont la sortie de chacun donne sur un aimant auquel on peut fixer très simplement une oreille. L’intérêt était de pouvoir personnaliser le Karotz en lui changeant ses oreilles blanches par d’autres d’une autre couleur.

À l’arrière on peut apercevoir le haut parleur, avec en dessous le bouton d’allumage et enfin un port USB pour brancher une clé (pour l’usage de certaines fonctions comme la configuration du WiFi ou la lecture de fichiers audio). À noter que le Karotz bénéficie aussi d’un port mini-USB pour le brancher à un ordinateur via un câble mini-USB<=>USB

À l’avant, au niveau du nez, est caché un lecteur RFID pour le déclenchement programmé de certaines applications à l’aide de tags en forme de petits Karotz, et tout en bas la webcam, d’une qualité médiocre (une webcam bon marché d’il y a 7 ou 8 ans n’a rien à lui envier).

Pour procéder à l’ouverture, il m’a fallu m’équiper d’un tournevis à tête triangulaire (TA 20). Il suffit de retirer toutes les vis extérieures. La coque est alors prête à être retirée. Il faut insister, en essayant divers angles pour faire en sorte que la coque du dessus se retire facilement.

À l’intérieur de la bête

Une fois ouvert, le Karotz dévoile les parties les plus intéressantes de son anatomie (pas celles-là, pervers(es) !). Pour dévisser le reste, on peut repasser sur un bon vieux tournevis cruciforme (pas nécessairement de précision mais de préférence adapté à l’électronique).

Karotz ouvert  Karotz intérieur, de face

Module RFID  Module RFID, déconnecté  LED RVB avec amplificateur  Caméra

De face, nous avons, en haut, le module RFID, dont le composant central est un RC523 signé NXP (une référence en la matière !). Juste en dessous, la LED RVB, c’est-à-dire une LED dont on peut faire varier la couleur en changeant ses valeurs de rouge, vert et bleu (on parle de synthèse dite additive). La LED est surmontée d’un amplificateur en forme de cône pour qu’en usage normal le lapin affiche un grand cercle lumineux et coloré sur son ventre. Et enfin, tout en bas, la fameuse webcam.

Module WiFi  2015-02-22 16.45.45

Sur le côté gauche se trouve la carte WiFi du Karotz, basée sur un RT2571WF de Ralink. Une rapide recherche sur Google ne m’indique pas de documentation particulière. En revanche, les photos de cet article me laissent penser que le module WiFi de Karotz n’est en fait que l’équivalent du dongle WiFi qui y est présenté. Il ne manque que le connecteur USB, qu’on peut facilement se procurer et souder à l’emplacement prévu à cet effet pour reconvertir ce module en un dongle WiFi.

Karotz intérieur, de dos  Haut parleur  2015-02-22 17.18.01  2015-02-22 17.18.09

Le haut parleur d’une taille ma foi satisfaisante. Pour avoir utilisé le Karotz pour écouter de la musique, je dois dire que la qualité du son était convenable. Ça casse pas des briques, c’est un haut parleur comme on peut en trouver dans tout bon magasin d’électronique.

Bouton supérieur  2015-02-22 17.21.40  Micro  2015-02-22 17.22.59

Enfin, en haut nous trouvons le bouton poussoir, utilisé surtout pour l’activation de la commande vocale. À l’arrière de la tête se trouve d’ailleurs le microphone prévu à cet effet.

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La molette pour allumer le Karotz et régler le volume sonore. J’ai enlevé la partie plastique pour garder le composant essentiel : un potentiomètre avec position arrêt.

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Les deux connecteurs femelles, mini-USB type A et USB type A. Intéressant pour moi. Je pourrai en mettre un sur une carte de développement personnelle (à base de PIC18F2550, en l’occurrence), vu que je n’en dispose pas pour l’instant.

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La partie motrice, pour l’animation des oreilles du lapin. Il s’agit de deux moteurs à courant continu, terminés par des petits réducteurs pour augmenter leur couple (le terme « réducteur » s’applique à la vitesse de rotation : celle-ci diminue tandis que le couple, c’est-à-dire l’effort fourni en rotation, augmente). On peut aisément désolidariser le moteur de son réducteur, et c’est ce que je compte faire pour tester ces réducteurs avec les mini-moteurs que j’ai en stock pour voir si je parviens à obtenir un couple suffisant pour que leur usage soit intéressant. C’est surtout à titre expérimental, en attendant de pouvoir fabriquer des réducteurs à partir d’engrenages et d’axes.

Carte Contrôleur (Architecture ARM)

Et enfin, le cœur du Karotz, la carte principale pilotée par un cœur ARM S3C2440 de Samsung. La doc fait presque 600 pages (595 pour être exact) et j’espère ne pas avoir à la lire en intégralité. Le bon côté c’est qu’elle semble bien construite parce qu’une doc qui, en plus d’être longue, serait indigeste me dissuaderait définitivement de me pencher dessus (j’ai déjà donné, et ce fut une belle perte de temps).

Heureusement, ce micro semble avoir été déjà bien étudié, notamment ici ou . La question est de savoir s’il est possible de convertir cette carte, initialement développée pour le Karotz, en kit de développement basique (mais qui pour le coup pourrait s’interfacer avec les composants du Karotz). Ce serait pour moi une bonne initiation au développement sur cible ARM. Bon, j’exagère, j’ai aussi sous la main un Raspberry Pi, ainsi qu’un vieux netbook qu’on m’a refilé (basé sur un WonderMedia 8650, et qui aurait bien besoin d’un OS digne de ce nom). Je ne me suis pas encore penché davantage sur les autres composants de cette carte, je le ferai sûrement au moment de l’étudier pour l’utiliser.

Conclusion

C’est ainsi que s’achève ce compte rendu du démontage du Karotz. J’ai passé de bons moments avec ce lapin, qui n’a malheureusement pas eu le succès escompté. Il m’aura notamment permis de surveiller grossièrement mon petit studio avec une application de surveillance vidéo avec détection des mouvements, qui ne fonctionnait pas parfaitement bien mais ça me rassurait un peu de savoir que je pouvais garder un œil chez moi. Le catalogue de Karotz proposait des applications sympathiques et d’autres qui étaient carrément inutiles, le plus souvent parce qu’elles ne fonctionnaient tout simplement pas. Vers la fin, je n’en avais plus vraiment l’utilité. Il a d’ailleurs passé plusieurs mois bien rangé dans son emballage.

À mon humble avis, le système n’était pas bien conçu, ou en tout cas pas pour le bon public. Je pense que les gens qui ne s’y connaissent pas en programmation achetaient un Karotz pour ses usages et non pour le programmer, tandis que les vrais bricoleurs comme moi étaient frustrés par les limitations du système.

Je pense que rien que le choix du Javascript était une erreur. C’est un langage à l’origine prévu pour le web, pas pour le développement d’applications et encore moins pour la programmation système. Et c’est ce qui, pour moi, a conduit le Karotz à n’avoir droit qu’à des applications mal conçues, qui ne fonctionnent pas ou qui n’ont aucune utilité.

Plutôt qu’un langage aussi simpliste que le JavaScript, il aurait plutôt fallu développer un outil RAD ou un langage proche du Scratch pour la création d’applications tant par des débutants que par des entreprises. Cela aurait, je pense, grandement contribué à lui apporter un catalogue d’applications acceptables.

Je ne le cache pas : bien qu’attrayant, le Karotz fut pour moi une déception, et le recycler c’est ma façon de lui donner enfin l’usage qu’il aurait pu/du avoir.

Sur ce, je vous laisse, et je vous dis à bientôt.

Nicolas SAN AGUSTIN

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